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Le Chant du Large

 



Cet été, comme tous les ans, je prends le large. Je prends mon voilier et je l'époussette. Il est un peu amoché, j’ai dû recoudre le grand voile avec un mouchoir que maman avait bien voulu me donner. C’est un très beau mouchoir d’ailleurs, usé certes mais très joli. Elle y avait brodé d’or une colombe, vingt ans que ça lui a pris, mais elle a estimé que j’en avais plus besoin qu’elle, surtout après ma noyade de l’an dernier. J'ai failli perdre mon bateau cette année-là. Heureusement que papa est fort en bricolage, mon voilier n’a gardé de l’accident que quelques rayures.

La vérité c’est que je n’aime pas mon voilier. Mes amis ont de plus grands voiliers, plus agiles ou mieux décorés. Le mien est... fatigant, il est trop vieux, rouillé et chaque mouvement que j’essaie d’exécuter me prend une tonne d’efforts. Je ne veux pas qu’on me prenne pour une enfant pourrie gâtée, je sais que j’ai beaucoup de chance de pouvoir naviguer, d’ailleurs, tous mes amis, sans exception, ne font que complimenter mon bateau et mes compétences de navigatrice. Mais quand je rentre chez moi le soir et que mon engin tombe en morceaux, je dois rester éveillée jusqu’au crépuscule, dans le garage, pour réparer mon stupide machin. Cette routine, je la connais par cœur, le matin après une nuit passée à serrer les dents, je prends mon navire et je vais rejoindre mes collègues, tout sourire, jusqu’au soir.

Mais cet été est différent. Je ne supporte plus les nuits blanches ni le bruxisme que je commence à développer. Alors je prends mon voilier et je fuis la rive comme si ma vie en dépendait. C’est la première fois que je dirige mon bateau sans aucune difficulté, je n’ai jamais navigué aussi vite, aussi facilement. Le vent cesse de souffler et je me retrouve coincée au milieu de nulle part, dans les fins fonds de ma conscience. Je regarde mon engin et je suis soudainement prise d’une horrible migraine, le reflet du soleil sur le blanc du bateau m’aveugle complètement, comme s’il me disait clairement, pour la première fois; regarde-moi. Il fait chaud, le soleil me tape sur la tête, je dégouline de sueur et j’ai mal aux yeux, alors je fais ce que j’ai l’habitude de faire quand mon machin me monte à la tête, je vais me baigner. L’eau est fraîche, m’engloutit entièrement et me fait oublier mon navire. C'est là que j’ai entendu comme un soudain hurlement, une bourrasque m’a pris mon bateau. Alors je me mets à nager pour le rattraper, de toutes mes forces, jusqu’à en perdre le souffle, mais rien n’y fait, on aurait dit que c’était mon navire qui me fuyait. Je décide donc de m’arrêter et je le regarde partir, loin de la rive. J’accepte mon sort et je le laisse aller parce qu’au fond, je sais que mon voilier ne m’aime pas non plus.


Leila Samane

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