J’aurais préféré que mes yeux restent bandés par l’ignorance, et que mon cerveau reste occupé par les futilités de la vie. Hélas, j’étais avide de savoir et de connaissances. Je voulais illuminer les esprits, être l’émissaire de la conscience humaine, rétablir la justice dans ce monde, m’engager dans tous les combats sociaux et rester fidèle à mes principes. En d’autres mots, j’avais foi en l’humanité.
Je n’étais pas prêt à confronter le monstre que représente la cruauté humaine. Je savais très bien qu’elle existait, j’avais subi ses atrocités, mais j’étais convaincu que la bonté existait aussi et qu’il fallait simplement persister . On peut dire que je me racontais des sottises.
À l’instant où j’ai voulu m’engager sur le chemin de la lutte contre les injustices et prendre part au combat, j’ai ouvert les yeux sur un monde qui ne connaît guère de limites, un monde dénué de justice. Un monde où les voix des minorités sont étouffées, écartées du champ médiatique, tandis que les bourreaux sont mis sous les projecteurs, influençant les esprits, faisant basculer l’opinion publique du côté obscur, là où se nourrit la noirceur humaine. Tout cela nous mène à se demander : OÙ VA LE MONDE ?
Sots sont ceux qui croient que la loi du plus fort a été abolie par une quelconque construction sociale. Thomas Hobbes a dit que le contrat social permettait aux individus d’acquérir la sécurité au détriment de leur liberté. Moi, je dis qu’on a sacrifié cette liberté pour rien, pour un semblant de sécurité superficielle , illusoire, car, au fond, la peur règne toujours : elle a simplement changé d’aspect , on est passé de la peur de l’autre à la peur de tout un système et de ses institutions . Ceci est mon humble avis, loin de moi l’idée de contrarier un philosophe de son calibre.
Cette confrontation à la réalité de la vie m’a poussé à réfléchir et à vouloir trouver des réponses, mais je me retrouvais bloqué, coincé dans un dilemme sans fin. D’une part, je me demande : est-ce que l’humain est mauvais par nature ? Est-ce l’humain qui plonge la société dans le mal ? Est-ce que la cruauté est gravée dans ses gènes, le laissant incapable de faire le bien et d’instaurer la justice ? Et est-ce que la noirceur est si profonde dans ses racines que l’on ne peut plus l’arracher ?
Et, d’autre part, il y a la perception de Jean-Jacques Rousseau des choses. Selon lui, l’humain n’est pas naturellement cruel ou atroce, il est même, au contraire, animé de bonté, mais c’est l’évolution des rapports sociaux et des institutions qui a créé un milieu propice à sa corruption. Comme il l’écrit dans son œuvre Émile ou De l’éducation : « Tout est bien, sortant des mains de l’Auteur des choses ; tout dégénère entre les mains de l’homme. » Ce qui veut dire que l’humain est né le cœur léger, sans malice ni cupidité, et que ce sont les machinations de ses aînés qui l’imprègnent de méchanceté, jour après jour.
Au final, c’est comme se demander : qui est venu en premier, l’œuf ou la poule ?
Malgré le goût amer de la vérité derrière la nature humaine, je reste néanmoins engagé et éveillé. Je n’envisage pas de baisser les bras si facilement. Je sais que je ne pourrai peut-être rien changer, mais je peux espérer, car, après tout, l’espoir fait vivre.
écrit et illustré par : Mohamed Rayane Sekhra

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